Cabaret d’Urgence contre la guerre
dimanche 28 oct 2001 à partir de 15 heures
Réservation 01 42 26 56 01 Participation au frais 30 frs
Il y a urgence à rappeler que 35000 enfants meurent de faim chaque jour dans le monde. Cette horreur, une fois rappelée, n’excuse en rien les attentats contre des civils, principales victimes des guerres actuelles, mais incite au contraire à refuser d’entrer dans leur logique.
Il y a urgence à faire cesser les bombardements sur un peuple qui aspire à vivre après des années de guerre et d’oppression religieuse.
Il y a urgence à rappeler que loin des impérialismes capitalistes ou théocratiques, nous devons construire un autre monde.
Il y a urgence à produire un moment de débat et de création quand la guerre ou un attentat risque à tout instant de faire taire les voix dissonantes. Les actuels espaces de liberté et de critique sont, on le sait, rapidement à la merci d’une logique de guerre et d’un plan vigipirate.
Il y a urgence à nous retrouver pour aborder ces thèmes, réfléchir ensemble et rire un peu.
Il y avait donc urgence à créer un cabaret d’urgence, ce que nous ferons en votre compagnie le dimanche 28 octobre au théâtre de l’Epée de Bois à la Cartoucherie.
Retrouvez- nous dès 15 heures pour des interventions musicales, des prises de paroles et des scènes de théâtre autour de cette actualité.
Participation aux frais : 30 francs.
De 15 heures à 21 heures alternance de séquences de plus ou moins 40 minutes durant lesquelles les prises de paroles feront partie du spectacle, puis de pauses de 20 minutes qui permettront au public de se retrouver pour débattre ou rencontrer les associations et organisations invitées à tenir un stand.
Les prises de paroles sont volontairement limitées à une dizaine de minutes.
15 heures - Tout allait bien ! -
intervention de la compagnie Jolie Môme
la presse et « l’apocalypse » par Serge Halimi
intervention de la compagnie Jolie Môme
Le che que j’aime par le théâtre Aleph
16 heures - Humanisme et démocratie ... -
intervention de la compagnie Jolie Môme
extrait de La soufrière par la troupe de l’Epée de Bois
Terrorisme et terrorisme d’état par Jean Bricmont
Intervention de Léon Schwartzenberg
17 heures - La guerre -
intervention de la compagnie Jolie Môme
Les enjeux stratégiques et économiques par Michel Collon
Un peu de recul par Aline Pailler
Intervention de Christian Paccoud (auteur – compositeur – interprète )
Intervention de Paul Markidès (ARAC)
intervention de la compagnie Jolie Môme
prise de paroles par Jeannette Abel (universitaire journaliste Monde diplo )
18 heures - La sécurité -
intervention de la compagnie Jolie Môme
Vigipirate et les sans-papiers par André Moquet
Restriction des libertés publiques et fichage en temps de guerre par Evelyne Sire-Marin (syndicat de la magistrature)
intervention du groupe Sabayo
prise de paroles par Mogniss Abdalah (MIB)
intervention du Front Musical d’Intervention
19 heures - Pendant la guerre la lutte continue -
intervention de la compagnie Jolie Môme
intervention de travailleurs en lutte
Intervention de Christian Paccoud (auteur – compositeur – interprète )
Intervention du collectif Faut Réagir
intervention de la compagnie Jolie Môme
entre les séquences, buffet, tables de presse et débats ouverts dans le hall d’accueil
Aujourd’hui aussi, 35615 enfants sont morts de faim.
victimes :35615 (FAO)
lieu : pays pauvres de la planète
édition spéciales des JT : zéro
articles de presse : zéro
méssage du président de la république : zéro
convocation d’unité de crise : zéro
manifestations de solidarité : zéro
minutes de silence : zéro
commémoration des victimes : zéro
messages du pape : zéro
les bourses : pas mal
l’euro : en reprise
niveau d’alerte : zéro
mobilisation de l’armée : aucune
hypothèse sur l’identité des criminels : aucune
probable mandants du crime : pays riches
sources : extrait de "Attention, Médias" (Michel Collon), édition EPO
politis jeudi 8 novembre 2001
La compagnie Jolie Môme a organisé un " Cabaret d’urgence " afin de mobiliser pour la paix. Un joyeux succès.
"Le théâtre est un bon moyen de dire les choses, sans se faire arrêter tout de suite" : ce propos d’une jeune comédienne de la troupe Jolie Môme dit bien le rôle que les artistes s’attribuent. En plein Vigipirate, dans un climat de surenchère sécuritariste sur fond de bombardements, ces gens de théâtre et de chant révolutionnaire ont réalisé un Cabaret d’urgence à la Cartoucherie de Vincennes. Un geste d’intervention citoyenne, mi-jouée, mi-chantée, où les comédiens ont su attirer intellectuels, politiques, militants et un public jeune et chaleureux, forte illustration de cette mobilisation pour la paix.
Dans un décor simple faisant penser à un entrepôt ou à une barricade, des jeunes comédiennes brunes vétues de combinaisons de travail blanches, savamment dépareillées par des Keffiehs, des bandes molletières ou des foulard rouges, font irruption derrière un drapeau - rouge lui aussi -, mi-troupe d’insurgés, mi-service de secours théâtral pour public en danger. Le choeur d’interposition égrène les noms de dizaines de pays victimes d’interventions militaires des Etats-Unis. Dans un coin, une petite formation musicale assure le swing. Un bourgeois en costume, sur le devant de la scène, tient des propos incroyables mais vrais, verbatim de Bush, de ses conseillers, parfois de prédicateurs fanatiques. Leur succède un accordéoniste ou un représentant du syndicat de la magistrature ; suit une séquence vidéo désopilante dans laquelle les images de Robert Hue côtoient des extraits de Rambo en Afghanistan...
Le cabaret remporte un tel succès que le théâtre de l’épée de bois refuse du monde. les artistes, eux s’approprient l’actualité, composent, répètent dans l’urgence. Si les interventions tripales de l’accordéoniste accompagnent naturellement les respirations de l’âme humaine, le soufflet de l’instument populaire invite à l’engagement. D’autres habitués du théâtre social, politiques, journalistes et magistrats, etc.,happés par l’irruption des comédiens dans "leur" sphère, se laissent convaincre d’aller sur les planches. Certains y ont pris des risques : la descente des marches, jupe fendue, par une ex-députée européenne, Aline Paillet, suivie de sa déclamation d’extraits d’Olympe de Gouges et de Jaurès, était une irruption théâtrale forcément politique. " C’est ma nature ! déclarait fièrement l’Esméralda d’un soir, rester vivant, voilà l’enjeu." Plus discret, un intellectuel de renom, qui a pris une part importante du travail en coulisses, se félicite du résultat : "Les artistes sont plus éfficaces que les ouvrages sèrieux ou des colloques que nous aurions pu monter. Ils avaient des idées auxquelles je n’avais pas pensé. Je me demande parfois si ce ne sont pas eux qui sont en avance..."
On reproche parfois à la troupe un côté " théâtre officiel de la chine populaire à l’usage de la rue Mouffetard".
Certes, mais le kitsch de Jolie Môme, qui s’appuie sur des valeurs de rue et une réthorique marxiste sûre et dure, c’est aussi son audace : " il faut avoir un réflexe de solidarité prolétarienne. Quel autre mot que "prolétaire" pour dire que je me sens proche des ouvriers des ascenseurs de Calcutta qui ont été torturés par la police avec l’aide de leur patron, pour avoir fait grêve ?", tranche Michel, l’animateur de la troupe. Dans ce bouillonnement et sa générosité, Jolie Môme s’est un peu oubliée..."on a même pas pensé à faire savoir que nous jouions Barricade et La Crosse en l’air en novembre ici...", s’inquiète soudain Michel quand les derniers invités se sont retirés. Mais ils n’ont pas oublié de parler de la lutte des intermittents, car, bien sûr, Jolie Môme n’est pas subventionnée par le ministère de la culture, elle vit de la rue et les comédiens ont un statut menacé. Urgence partout !
David Langlois-Mallet.